Le produit et son étage1 500 m
Le beaufort, d’été, de chalet d’alpage ou d’hiver
Une meule de 20 à 70 kg, au talon creusé par un cercle de bois, faite avec le lait cru de vaches tarines et abondance. Trois mentions sur l’étiquette disent où et quand elle est née : en vallée, en été, ou au chalet d’alpage au-dessus de 1 500 m. Et la fondue pour l’hiver.
Publié le . Informations vérifiées en

- Où il naît
- L’été, les troupeaux pâturent de 1 500 à 2 500 m dans le Beaufortain, la Tarentaise, la Maurienne et le val d’Arly. La cote retenue, 1 500 m, est le seuil au-dessus duquel le cahier des charges situe le chalet d’alpage.
- Appellation
- Appellation d’origine depuis 1968, AOP « Beaufort » ; cahier des charges homologué par l’arrêté du 4 avril 2025.
- Sa saison
- Fabriqué toute l’année. Le beaufort d’été, de juin à octobre, vient du lait de la saison d’herbe, alpages compris. De novembre à mai, les vaches sont au foin, distribué à volonté. La pâte va de l’ivoire au jaune pâle selon la saison. Comptez cinq mois d’affinage : le beaufort d’été arrive à l’étal à partir de novembre.
Ce qu’impose le cahier des charges
- Lait de vache cru et entier, de races Tarine (Tarentaise) et Abondance seulement, à 5 000 kg de lait par vache et par an au plus ; ensilage et aliments fermentés interdits.
- Pâte pressée cuite, emprésurée en cuve de cuivre et moulée dans le « cercle à Beaufort », dont le renflement intérieur creuse le talon.
- Meule de 20 à 70 kg, de 35 à 75 cm de diamètre, de 11 à 16 cm de haut au talon.
- Affinage de cinq mois au moins, entre 6 et 12 °C, sur des planches d’épicéa ; la croûte est frottée et couverte de morge.
- « Été » : fromage fabriqué de juin à octobre. « Chalet d’alpage » : de juin à octobre, deux fois par jour, dans un chalet situé au-dessus de 1 500 m, avec le lait d’un seul troupeau.
- Râpé, le fromage perd le droit au nom « Beaufort ».
Le reconnaître
Sur le talon, une plaque de caséine bleue de forme ovale porte le mot « Beaufort », l’atelier et le mois de fabrication ; le jour et le mois sont marqués de part et d’autre. Le beaufort chalet d’alpage porte en plus, à l’opposé, une plaque carrée rouge. À la découpe, cherchez le talon concave sur la croûte.
Le voir fabriquer
En été, un chalet d’alpage du Beaufortain où le fromage se fait matin et soir après la traite ; toute l’année, une coopérative laitière de fond de vallée avec galerie vitrée sur la salle de fabrication et sur la cave d’affinage.
Un fromage de grandes montagnes
Le beaufort est né d’un système pastoral que le cahier des charges fait remonter au XVIIe siècle. Il distingue deux sortes d’alpages, occupés 100 à 110 jours chaque été.
- Les grandes montagnes accueillent un troupeau de 50 à 150 vaches, formé par le regroupement de plusieurs fermes. Des machines à traire mobiles suivent les bêtes, qui montent de 1 500 à 2 500 m au rythme de la pousse de l’herbe.
- Les petites montagnes reçoivent le troupeau d’une seule famille, sur un écart d’altitude plus faible, avec un chalet plus modeste.
L’hiver, les troupeaux redescendent dans les fonds de vallée, où l’on fait les foins sur les prés libérés pendant l’été. Selon le cahier des charges, 85 à 90 % du lait est collecté par des ateliers qui fabriquent toute l’année en vallée. Le fromage fait au chalet reste minoritaire.
La zone d’appellation
L’aire couvre la haute montagne de la Savoie : le Beaufortain, la Tarentaise, la Maurienne, le val d’Arly, et deux secteurs voisins en Haute-Savoie (Praz-sur-Arly et une partie des Contamines-Montjoie). Elle va de Beaufort à Val-d’Isère, de Courchevel à Bonneval-sur-Arc, au fond de la Haute-Maurienne.
Les deux races imposées sont faites pour cette pente. La tarine, aussi appelée tarentaise, a son berceau dans la vallée du même nom. L’abondance vient du Chablais. Le cahier des charges limite la production à 5 000 kg de lait par vache et par an : une vache de montagne, pas une championne de rendement.
Trois beauforts sur l’étiquette
| Mention | Période de fabrication | Ce qu’elle garantit en plus |
|---|---|---|
| Beaufort | toute l’année | lait cru, races, zone, cinq mois d’affinage |
| Beaufort d’été | juin à octobre | lait de la saison d’herbe, alpages compris |
| Beaufort chalet d’alpage | juin à octobre | fabrication au chalet, au-dessus de 1 500 m, deux fois par jour, un seul troupeau |
Le chalet d’alpage est le plus rare : il dépend d’un seul troupeau et d’une fabrication au chalet, matin et soir. Il porte une deuxième plaque de caséine, carrée et rouge, en plus de la plaque ovale bleue de tous les beauforts.
Le talon concave
C’est la marque visible du beaufort. Le caillé, rassemblé dans une toile de lin, est moulé dans un cercle de bois réglable dont la face intérieure porte un renflement. En séchant, la meule garde ce creux sur sa tranche. Le cahier des charges interdit d’ailleurs à tout autre fromage de plus de 15 kg une présentation du talon qui pourrait le faire passer pour un beaufort.
La meule passe ensuite en saumure, puis en cave d’affinage sur des planches d’épicéa. Dans les trois premières semaines, elle doit se couvrir de morge, une couche de bactéries entretenue par frottage au sel ou à la saumure, qui donne à la croûte sa couleur jaune à brune.
Acheter, couper, conserver
- À la coupe : demandez la mention et le mois de fabrication, marqué sur le talon. Tout beaufort a au moins cinq mois d’affinage.
- La croûte : la vente en morceau est permise si chaque morceau garde une partie de croûte. Elle se retire avant de cuisiner.
- Conservation : dans un papier à fromage, au bas du réfrigérateur, sorti une heure avant de servir.
La fondue savoyarde
La fondue savoyarde mêle plusieurs fromages de Savoie. Le beaufort donne le goût et le fondant, l’abondance la souplesse, l’emmental de Savoie le filant. Coupez les fromages en lamelles fines : ils fondent plus vite et plus régulièrement. Un feu trop fort fait tourner la fondue ; restez sous l’ébullition et remuez sans arrêt.
À la fin, laissez se former au fond du caquelon une croûte de fromage grillé, que l’on décolle et partage. Pour une autre recette au fromage, voyez le reblochon et sa pela.
La fondue savoyarde
Pour 4 personnes
- 400 g de beaufort
- 300 g d’abondance
- 300 g d’emmental de Savoie
- 1 gousse d’ail
- 40 cl de vin blanc sec
- 1 cuillère à café de fécule de maïs
- 1 pain de campagne de la veille (600 g environ)
- Poivre du moulin et une pincée de noix de muscade
- Coupez le pain en cubes de 3 cm, chacun avec un côté croûté. Retirez la croûte des fromages et coupez-les en fines lamelles.
- Frottez l’intérieur du caquelon avec la gousse d’ail coupée en deux. Délayez la fécule dans 2 cuillères à soupe du liquide.
- Versez le reste du liquide dans le caquelon et chauffez à feu moyen sans faire bouillir.
- Ajoutez les fromages par poignées, en remuant sans arrêt en forme de 8 avec une cuillère en bois. Attendez que chaque poignée ait fondu avant d’ajouter la suivante.
- Quand le mélange est lisse et nappe la cuillère, ajoutez la fécule délayée, poivrez, râpez un peu de muscade et remuez encore 2 minutes.
- Posez le caquelon sur le réchaud, à feu doux. Chacun pique un cube de pain et le tourne dans le fromage en raclant le fond.
Sources
- Ministère de l’Agriculture (Bulletin officiel n° 2025-15), Cahier des charges de l’appellation d’origine protégée « Beaufort », homologué par l’arrêté du 4 avril 2025
- INAO, Fiche produit « Beaufort »
- Ministère de l’Agriculture (Bulletin officiel), Cahier des charges de l’appellation d’origine « Beaufort », homologué par le décret n° 2012-1418 du 18 décembre 2012 (version antérieure)