Aller au contenu
Du lac au sommet

Savoie et Haute-Savoie

Le produit et son étage923 m

L’abondance, fromage du Chablais au talon creusé

Une meule de 6 à 12 kg au talon concave, née dans la vallée d’Abondance, au-dessus du Léman. Son cahier des charges impose la race du même nom dans chaque troupeau, une cuve de cuivre et cent jours en cave d’affinage. Comment la reconnaître, et une croûte au fromage pour la cuisiner.

Publié le . Informations vérifiées en

Un troupeau de vaches de race abondance, robe acajou et tête blanche, dans un pré de montagne à Saint-Gervais-les-Bains.
Guilhem Vellut · CC BY 2.0 · boucles d’oreille floutées · Wikimedia Commons
Où il naît
Son berceau est la vallée d’Abondance, dans le Chablais : le village, autour de son abbaye, est à 923 m. L’été, chaque famille monte son propre troupeau en alpage, au-dessus du village.
Appellation
Appellation d’origine depuis 1990, AOP « Abondance » ; cahier des charges homologué par l’arrêté du 29 août 2018.
Sa saison
Fabriquée toute l’année : à la ferme et en alpage l’été, à la ferme et en laiterie l’hiver, quand les vaches sont au foin. Avec cent jours d’affinage au moins, une abondance d’alpage faite en juillet n’arrive pas à l’étal avant la fin octobre.

Ce qu’impose le cahier des charges

  • Lait de vache cru et entier, de races Abondance, Tarentaise ou Montbéliarde ; chaque troupeau compte au moins 45 % de vaches de race Abondance.
  • Au moins 150 jours de pâturage par an ; aliments fermentés et ensilage interdits sur les fermes qui livrent le lait.
  • Pâte pressée mi-cuite : le caillé est chauffé de 45 à 50 °C dans une cuve de cuivre ouverte ; colorants interdits.
  • Meule de 6 à 12 kg, de 7 à 8 cm de haut, au talon concave donné par un cercle plus épais au centre qu’aux bords.
  • Affinage de 100 jours au moins, sur planches d’épicéa, entre 10 et 13 °C ; la croûte est frottée à la morge ou au sel sec.
  • Mention « fermier » réservée aux fermes de moins de 500 000 kg de lait par an, avec emprésurage dans les 14 heures après la traite.

Le reconnaître

Sur le talon, une plaque de caséine : carrée et rouge pour un fromage de laiterie, ovale et verte pour un fromage fermier, avec le mot « fermier ». Le jour et le mois de fabrication sont marqués à côté. Le talon est creusé, la croûte jaune doré à brune garde l’empreinte de la toile.

Le voir fabriquer

Une ferme de la vallée d’Abondance ou du Chablais qui fabrique en cuve de cuivre, le matin, après la traite ; l’été, un chalet d’alpage où la famille transforme le lait de son troupeau. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme de la vallée : les visites se font sur rendez-vous ou à heure fixe.

Une vallée, une race, un fromage

Le nom vient de la vallée d’Abondance, dans le Chablais, au nord-est de la Haute-Savoie, entre le Léman et la vallée du Giffre. La race de vache porte le même nom : une robe acajou et une tête blanche. Le cahier des charges la décrit comme rustique, habituée au climat et au relief difficiles, avec un lait aux très bonnes qualités fromagères.

D’après le même texte, ce sont les chanoines de l’abbaye d’Abondance qui ont encouragé dès le XIIIe siècle la fabrication du fromage, en faisant défricher les pâturages. L’ancienne abbaye se dresse toujours au centre du village.

Où il naît

L’aire d’appellation dépasse largement la vallée : elle couvre une grande partie de la Haute-Savoie, du Chablais au Faucigny, aux Aravis, au pays du Mont-Blanc et aux rives du lac d’Annecy. Aucune commune de Savoie n’en fait partie. Le lait, la fabrication et l’affinage doivent rester dans cette aire.

Le cahier des charges insiste sur un trait propre à ces alpages : la « montagne individuelle ». Ici, on ne regroupe pas les troupeaux comme dans les grandes montagnes du Beaufortain. Chaque famille monte ses propres vaches et, historiquement, fabrique son fromage à la ferme. D’où un format plus petit que celui des grandes meules de pâte cuite, plus facile à descendre de l’alpage.

Le climat compte aussi : pluies abondantes en été, sols calcaires des Préalpes, prairies très fleuries. Le texte de l’appellation relie cette flore aux arômes du fromage, que le lait cru conserve.

Ni reblochon, ni beaufort

Reblochon Abondance Beaufort
Pâte pressée non cuite pressée mi-cuite pressée cuite
Poids 450 à 550 g 6 à 12 kg 20 à 70 kg
Affinage minimal 15 jours 100 jours 5 mois
Talon légèrement arrondi concave concave

La pâte mi-cuite donne une texture plus souple que celle du beaufort. Le cahier des charges décrit une palette aromatique riche, avec généralement une pointe d’amertume en fin de bouche.

Le fermier, fait à la main

Une part de la production reste fermière. Pour porter la mention, la ferme doit fabriquer elle-même, dans son propre atelier, dans une cuve de 1 500 litres au plus. Certains gestes restent manuels : le découpage du caillé au tranche-caillé ou au « sapin », et le soutirage de chaque fromage hors de la cuve, à la toile et à la baguette, directement dans son cercle.

En laiterie, la cuve de cuivre ouverte reste obligatoire. Le fromage passe au moins cinq heures dans une toile, qui lui donne son aspect toilé, puis au moins sept heures sous presse.

Acheter et conserver

  • À la coupe : demandez si le morceau vient d’un fromage fermier ou de laiterie, et son âge. Au-delà de cent jours, l’affinage peut se poursuivre.
  • Les morceaux : préemballés, ils doivent garder trois faces de croûte.
  • Conservation : dans un papier à fromage, au bas du réfrigérateur, sortie une heure avant de servir.

La croûte au fromage

Plat de montagne fait avec du pain rassis, la croûte au fromage se prépare en un quart d’heure. Ici, le pain est humecté de lait. L’abondance fond sans devenir élastique, ce qui la rend bonne pour le four. Vous pouvez remplacer une partie du fromage par du reblochon, ou servir l’abondance crue en fin de repas, en fines lamelles.

Si vous passez par le Chablais, la vallée d’Abondance se rejoint depuis la rive française du Léman par Thonon-les-Bains et la vallée de la Dranse, à moins de 30 km de Thonon par la route.

La croûte à l’abondance

Pour 4 personnes

  • 8 tranches de pain de campagne de 1,5 cm
  • 300 g d’abondance
  • 4 tranches de jambon blanc
  • 20 cl de lait entier
  • 30 g de beurre
  • 1 gousse d’ail
  • 4 œufs (facultatif)
  • Poivre du moulin
  1. Préchauffez le four à 220 °C. Retirez la croûte du fromage et coupez-le en tranches fines.
  2. Frottez les tranches de pain avec la gousse d’ail, beurrez-les et rangez-les dans un plat à gratin beurré.
  3. Arrosez le pain de lait, une cuillère à soupe par tranche, sans le détremper.
  4. Posez une demi-tranche de jambon sur chaque tartine, puis couvrez entièrement de fromage. Poivrez.
  5. Enfournez 10 à 12 minutes, jusqu’à ce que le fromage bouillonne et dore.
  6. Si vous le souhaitez, faites cuire un œuf au plat par personne et posez-le sur les croûtes au moment de servir, avec une salade verte.

Sources