Le produit et son étage1 486 m
Le reblochon, de la ferme des Aravis à l’alpage
Un petit fromage de lait cru né entre le Léman et le Mont-Blanc, sur un cahier des charges qui fixe la race des vaches, la traite et quinze jours d’affinage au minimum. Ce qui distingue un reblochon fermier d’un laitier, et comment le cuisiner en pela.
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- Où il naît
- Des fermes de la vallée de Thônes (622 m) aux alpages du col des Aravis (1 486 m) : l’été, les troupeaux montent, et le reblochon fermier se fabrique au chalet, deux fois par jour.
- Appellation
- Appellation d’origine depuis 1958, AOP « Reblochon » ou « Reblochon de Savoie » ; cahier des charges homologué le 31 juillet 2020.
- Sa saison
- Fabriqué toute l’année. De juin à septembre, le lait vient des alpages, riches en fleurs ; l’hiver, les vaches mangent le foin de la zone, distribué chaque jour. L’alimentation des vaches change avec la saison, et le goût du fromage avec elle.
Ce qu’impose le cahier des charges
- Lait cru et entier, sans standardisation ni ajout ou retrait de crème, issu uniquement de vaches de races Abondance, Montbéliarde et Tarentaise.
- Au moins 150 jours de pâturage par an ; ensilage, aliments fermentés et balles enrubannées interdits pour le troupeau laitier.
- Traite deux fois par jour, matin et soir. Le fermier fabrique aussitôt après chaque traite, sans refroidir le lait, sur une ferme qui produit moins de 500 000 litres par an.
- Fromage de 450 à 550 g, 14 cm de diamètre environ ; un petit modèle de 230 à 280 g existe aussi.
- Quinze jours de fabrication et d’affinage au minimum : le fromage ne quitte pas l’atelier avant le 16e jour après l’emprésurage.
- Lait, fabrication, affinage et premier conditionnement dans la zone : 176 communes de Haute-Savoie et 9 de Savoie (val d’Arly).
Le reconnaître
Une plaque de caséine ronde est posée sur une face, au moulage : verte pour le fermier (fabriqué à la ferme avec le lait d’un seul troupeau), rouge pour le laitier (fabriqué en fromagerie avec le lait de plusieurs fermes). La croûte lavée va du jaune au jaune orangé, couverte d’une fine mousse blanche ; le fromage est vendu sur un fond de bois.
Le voir fabriquer
Une ferme d’alpage des Aravis ou du Chablais en été, au moment de la traite du matin ou du soir ; dans les vallées, une coopérative laitière avec galerie de visite. Renseignez-vous auprès de l’office de tourisme de la vallée avant de monter : les visites se font sur rendez-vous ou à heure fixe.
Un nom né d’une seconde traite
Le cahier des charges raconte lui-même l’origine du nom. Au XIIIe siècle, le fermier qui louait un alpage payait le propriétaire en fonction du lait trait le jour du contrôle. Il ne trayait donc pas ses vaches à fond, puis revenait les « reblocher », les traire une seconde fois. Ce dernier lait, peu abondant mais très riche en matière grasse, donnait de petits fromages crémeux.
Le format est resté : un disque de 14 cm qui tient dans la main, à pâte pressée non cuite. La pâte est souple, de couleur crème à ivoire, légèrement salée. Le fromage contient au moins 45 g de matière grasse pour 100 g de matière sèche.
Où il naît, étage par étage
La zone d’appellation couvre la Haute-Savoie à l’est d’Annecy, du Chablais au massif du Mont-Blanc, et neuf communes savoyardes du val d’Arly. Le cahier des charges décrit un relief qui monte d’ouest en est : environ 1 000 m pour les avant-monts, plus de 2 000 m pour les sommets calcaires, plus de 4 000 m pour le Mont-Blanc, avec des vallées au-dessus de 500 m.
Les communes de la zone vont du bord du lac d’Annecy, avec l’ancienne commune d’Annecy-le-Vieux, jusqu’à Chamonix-Mont-Blanc. Le cœur reste les Aravis : Thônes, La Clusaz, Le Grand-Bornand, Manigod. Quand vous descendez vers la vieille ville d’Annecy, vous quittez à peu près la zone.
L’hiver, les troupeaux vivent dans les étables de la vallée et mangent le foin. Au printemps, ils sortent ; l’été, ils montent en alpage. Le cahier impose au moins 150 jours de pâturage. Pour une ferme située au-dessus de 600 m, au moins 75 % du fourrage de base des vaches en lactation doit venir de la zone ; en dessous, c’est 100 %.
Fermier ou laitier : deux fabrications
| Fermier | Laitier | |
|---|---|---|
| Plaque de caséine | verte | rouge |
| Lait | un seul troupeau, celui de la ferme | collecté dans plusieurs fermes |
| Délai | fabrication aussitôt après chaque traite, lait non refroidi | lait des deux dernières traites, emprésuré dans les 24 heures |
| Gestes manuels | découpage du caillé, moulage en toile de lin ou de coton | mécanisation admise |
| Séjour à la ferme | jusqu’au 6e jour au minimum | sans objet |
Dans les deux cas, le lait est travaillé cru, dans une cuve ouverte de 6 000 litres au plus. Le fromage passe d’abord au séchoir, entre 14 et 21 °C, où il est lavé, puis en cave d’affinage, entre 10 et 15 °C. Il ne sort pas avant le 16e jour.
Le fermier, fait avec le lait encore chaud d’un seul troupeau, porte la marque de sa ferme et de son alpage. Le laitier, fait avec le lait de plusieurs fermes, est plus régulier d’un fromage à l’autre.
Acheter et conserver
- Au marché ou à la ferme : regardez la plaque de caséine et demandez si le fromage vient d’une ferme ou d’une fromagerie ; le prix et le goût suivent souvent cette différence.
- Au toucher : un reblochon à point a une pâte qui cède sous le doigt. Une croûte sèche et fendillée signale un fromage qui a attendu.
- Conservation : dans le bas du réfrigérateur, dans son emballage d’origine et sur sa plaque d’épicéa, qui régule l’humidité. Sortez-le une heure avant de servir.
- Format : le petit reblochon (9 cm) suffit pour deux. Pour une pela ou une tartiflette, prenez le grand format.
La pela, plat des Aravis
La pela est un plat paysan des Aravis : des pommes de terre dorées à la poêle avec des oignons, sur lesquelles on fait fondre le reblochon. Son nom désigne, en patois savoyard, la grande poêle où on la cuit. La tartiflette, cuite au four, en est une version plus récente, popularisée dans les années 1980 pour faire connaître le reblochon.
La pela se cuit entièrement sur le feu, sans four, ce qui la rend pratique dans un gîte ou un chalet de location. Le reblochon coupé en deux dans l’épaisseur fond à couvert sur les pommes de terre. Grattez légèrement la croûte sans l’enlever : elle donne le goût.
Pour aller plus loin dans les fromages de la même montagne, voyez l’abondance, née dans le Chablais voisin, et le beaufort, fromage des alpages de Savoie.
La pela
Pour 4 personnes
- 1 reblochon de 450 à 550 g
- 1,2 kg de pommes de terre à chair ferme
- 2 oignons
- 200 g de lardons fumés
- 30 g de beurre
- Poivre du moulin
- Épluchez les pommes de terre et coupez-les en rondelles de 5 mm. Émincez les oignons.
- Faites fondre le beurre dans une grande poêle à bords hauts, la « pela » qui donne son nom au plat. Faites dorer les pommes de terre 20 minutes à feu moyen, en les retournant souvent.
- Ajoutez les oignons et les lardons, poivrez, et laissez cuire encore 10 minutes, jusqu’à ce que les pommes de terre soient tendres.
- Grattez légèrement la croûte du reblochon sans l’enlever, coupez-le en deux dans l’épaisseur et posez les deux moitiés sur les pommes de terre, croûte vers le haut.
- Couvrez et laissez fondre 8 à 10 minutes à feu doux. Servez dans la poêle, avec une salade verte.
Sources
- Ministère de l’Agriculture (Bulletin officiel), Cahier des charges de l’AOP « Reblochon » ou « Reblochon de Savoie », version en vigueur au 4 décembre 2020
- INAO, Fiche produit « Reblochon ou Reblochon de Savoie »
- Haute-Savoie Mont-Blanc Tourisme, Le reblochon : fermier ou laitier, la pastille de caséine
- IGN (Géoportail), Altitudes du col des Aravis et de Thônes